Thibaut Cuisset
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"J'essais de trouver une manière de regarder le monde en créant les images que je crois les plus justes possible", dit Thibaut Cuisset. Produire un portrait "juste" du paysage de l'Hérault, c'est ce à quoi s'est attaché ces derniers mois - à la demande de l'Association Lézigno - ce photographe connu pour sa particulière relation aux lieux, à la fois attentive, descriptive et affective, une passion optique sereine exercée déjà du Japon à l'Islande, de l'Australie au Val de loire, de la ville de Montreuil, en région parisienne, à l'Egypte, entre autres lieux choisis. Cette fois ce sont les abords de Montpellier, le littoral méditerranéen jusqu'à La Grande Motte, quelques bourgrs ruraux et les paysages de l'intérieur de l'Hérault, le Minervois et les contreforts des Cévènnes qui sont l'objet de l'attention de Thibaut Cuisset. De nouveau avec la rigueur photographique qu'on lui connaît, à équidistance du documentaire et de l'expérience esthétique. Non sans rapport formel avec le paysage cézannien [...], le paysage tel que le restitue Thibaut Cuisset frappe par ses qualités optiques de présence et de neutralité. Se montrer apte à surmonter cette contradiction entre l'incarné et le neutre n'est pas le moindre des mérites de l'entreprise photographique de cet héritier inspiré de Robert Adams et de Walker Evans. L'acuité du regard, pour la circonstance, le dispute à la vision synthétique de manière équilibrée, sans tension, dans les termes d'une pacification. "Mon approche du paysage travaille la notion d'épure pour aller vers un concentré du lieu", dit encore Thibaut Cuisset. [...] Paul Ardenne: Ce qui frappe de manière invariable, dans vos photographies [...] c'est l'ouverture, la clarté. La respiration laissée au regard. L'oeil n'est jamais contraint. Comme si vous refusiez l'autorité de l'image... Thibaut Cuisset: Je ne sais pas ce que vous entendez par l'expression "autorité de l'image". Si c'est l'autorité comme domination, alors oui, je n'ai jamais eu l'intention d'insister ni de polémiquer pour faire passer un quelconque message, imposer un discours ou me réfugier derrière une signature d'artiste (ce qui ne veut pas dire que je néglige la question du style, bien au contraire). Si en revanche vous parlez de l'autorité comme puissance, je ne la refuse pas. Mais alors comme une puissance discrète qui invite à regarder les choses, à nous dépossèder de nos croyances, et à permettre des ouvertures. La clareté, c'est aussi cette passion pour la lumière. Au départ, ce sont les lumières du Sud qui m'attiraient. J'ai tenté de retranscrire cet éblouissement méditerranéen, si mal représenté à mon goût dans la photographie. C'est dans le cinéma que j'ai trouvé une réponse : dans le néoréalisme italien; chez les cinéastes français des années 1960, quand ils sont sortis des studios. Leurs plans, leurs manières d'inscrire la fiction dans deslieux m'ont interessé. J'en ai retenu des tableaux. Je citerai aussi Wim Wenders, que j'ai découvert à la fin des années 1970, notamment les déambulations de ses héros dans les territoires des villes et des zones frontière. Grâce à lui, j'ai pris connaissance de la photographie américaine de Robert Frank, qui m'a amené à Walker Evans puis, plus tard, à Robert Adams ou aux New Topographers. Extrait de l'entretien avec Thibaut Cuisset par Paul Ardenne, critique d'art contemporain |