Le Colloque

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La Méditerrannée, nouvel Eldorado de l’architecture?
Philippe Trétiack, journaliste et écrivain

22 États sont reconnus comme bordant la Méditerranée. Ils se répartissent sur trois continents. Le Portugal bien qu’atlantique est intégré à cette communauté tout comme le Maroc dont la façade maritime est essentiellement océanique. Ces nations partagent un espace multiséculaire dont l’union devrait faire, selon l’espérance lyrique de Victor Hugo "de toute la rive un baiser".
 

Aujourd’hui, l’architecture paraît vouloir embrasser les rives de cette mer semi-fermée, l’une des 25 répertoriées sur la planète. On construit, on réhabilite, on transforme, on développe des quartiers et des villes à Marseille, Montpellier, Milan, Rome, Naples, Beyrouth, Tripoli, Barcelone…
Se pourrait-il alors que l’espace méditerranéen, ses rives et son hinterland, pour oser un terme décalé, soit en passe de s’affirmer comme un nouvel eldorado de l’architecture, un site accueillant aux bâtisseurs ?
Si tel est le cas, s’ouvrent alors des questions en cascade.

• Existe-t-il pour commencer une spécificité de la Méditerranée suffisamment pugnace pour influencer les architectures qui s’y ancrent ?
• La puissance du soleil, la profondeur du ciel, le jeu des ombres et des lumières, l’alternance du noir et blanc, l’aveuglement, tout cela joue-t-il au nord comme au sud de la mare nostrum, le même rôle mesurable ?
• L’imaginaire exotique, le souk, la casbah, les architectures de dédales et de terrasses ont-elles encore leur pertinence dans la fabrication de l’espace urbain d’aujourd’hui ?
• Les procédures administratives en vigueur des deux côtés de la Méditerranée sont-elles du même ordre ? Ou bien faut-il apprendre à négocier différemment selon le degré de démocratie et de transparence des Etats dans lesquels on intervient ?
• Dans un monde où les grandes métropoles sont toutes des villes portuaires (Shanghai, Tokyo, New York, Dubaï…) les sites de Tanger Algesiras, Gioia Tauro dans le Mezzogiorno seront-ils demain les hubs économiques de l’espace méditerranéen ? La réserve maritime est-elle la clef des villes du futur ?
• Sur un territoire "écrasé" de patrimoine, les vestiges du passé sont-ils des freins à la créativité ? A contrario, la prégnance des œuvres à préserver permet-elle d’affiner le processus créatif qui vise à inclure dans l’ancien toute modernité ?
• Existe-t-il un modèle du sud comme on a pu en repérer un chez les architectes du nord, les MVRDV, les Koolhaas ?
• L’écriture stylistique d’une architecte comme Zaha Hadid, née en Irak, étudiante à Beyrouth, installée à Londres, peut-elle être considérée comme le résultat d’une fusion, d’une symbiose d’influences nord / sud ?
• L’espace public méditerranéen est-il spécifique ? Aride, verdoyant ou au contraire minéral, séquencé ?
• Dans la révolution écologique qui nous traverse, marqués comme nous le sommes par l’omniprésence de la question du "développement durable", l’échange, longtemps qualifié "d’inégal" entre le nord et le sud va-t-il s’inverser ? Verra-t-on bientôt les architectes, les urbanistes, les maîtres d’ouvrage faire remonter du sud leur expérience ?
• La question de l’effet de serre, des risques sismiques (la plaque africaine pousse toujours vers le nord), l’extension de la sécheresse aggravée par le réchauffement climatique, tout cela influe-t-il sur l’architecture et l’urbanisme ?
• Les erreurs que nous avons commises au nord, les tours, les barres, les villes nouvelles, la ségrégation… ces territoires en ébullition vont-ils les voir reproduites ? 
• L’espace méditerranéen peut-il résister à la concurrence de cet autre univers "balnéaire" que constituent les Etats du golfe Persique, Dubaï, Qatar…
• Enfin, comment se défaire des stigmates de la période coloniale ? Comment faire front encore au déferlement migratoire, aux réfugiés climatiques ? L’architecture, fut-elle d’urgence, peut-elle avoir sur ces questions une action bénéfique ?  Pourra-t-elle faire de la Méditerranée : "ce toit tranquille où marchent les colombes" dont parlait Paul Valéry ?

Toutes ces problématiques développées sur fond d’ambition européo-méditerranéenne, de question turque, de conflits encore, au Moyen-Orient, entre le Maroc et l’Algérie, et de positionnements retors comme le désir affiché du président libyen d’ancrer son pays à l’Afrique, voilà ce que le colloque de Lézigno voudrait aborder au filtre des expériences architecturales.

Pour ce faire, il fera appel aux témoignages multiples des architectes, urbanistes, maîtres d’ouvrage, élus, professionnels de la construction.

Avec pour objectif de ne point perdre le nord en s’avançant au sud.

Philippe Trétiack

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